Avant les multiplexes et les immenses parkings, Avignon possédait de nombreuses salles de cinéma au cœur même de la ville. Pendant plusieurs générations, le Palace, le Capitole, le Paris, le Palladium, le Rio ou encore l'Eldorado ont accompagné la vie des Avignonnais. Certains ont disparu, d'autres ont changé de vocation, mais leurs adresses racontent encore une partie de l'histoire récente de la cité des Papes.
Aujourd'hui, aller au cinéma est devenu une habitude presque ordinaire. On consulte les horaires sur son téléphone, on choisit son film et l'on se rend dans un complexe où plusieurs salles permettent de multiplier les séances.
Il y a quelques décennies, l'expérience était très différente.
Le cinéma était alors installé au cœur de la ville. On allait voir un film après avoir fait ses courses, avant de dîner ou simplement parce que la séance du soir constituait la sortie de la semaine. Les façades étaient illuminées, les affiches occupaient les vitrines et, devant certaines salles, les spectateurs formaient une véritable file dans la rue.
Dans les années 1930, Avignon compte déjà plusieurs établissements importants. Le Palace, le Palladium, l'Alhambra et l'Eldorado appartiennent notamment au paysage cinématographique de la ville. En 1932, l'arrivée du Capitole vient encore renforcer cette présence.
Le Palace, cours Jean-Jaurès
Parmi tous ces établissements, le Palace occupe une place particulière.
Installé sur le cours Jean-Jaurès, à proximité de la gare, il devient l'une des grandes salles de spectacle d'Avignon. Le bâtiment est reconstruit à la fin des années 1920 et prend alors une dimension impressionnante.
Car à cette époque, un cinéma n'est pas nécessairement seulement un cinéma.
Le Palace possède une scène et accueille également des artistes. Fernandel, Raimu, Lucienne Boyer ou encore Alibert s'y produisent. Des tournées théâtrales passent également par la salle.
Le spectateur ne vient donc pas forcément uniquement pour voir un film. Une soirée au Palace peut associer spectacle, musique, artistes et projection.
Au fil des décennies, le Palace traverse toutes les grandes transformations du septième art, du cinéma parlant aux évolutions techniques de l'après-guerre.
Mais l'arrivée des multiplexes finit par modifier profondément les habitudes du public.
Le Palace ferme définitivement ses portes comme cinéma le 19 mars 2003. Pourtant, le bâtiment ne disparaît pas. Il poursuit sa vie culturelle sous une autre forme.
Lorsque les Avignonnais passent aujourd'hui cours Jean-Jaurès, ils peuvent donc encore voir l'ancien Palace.
Le cinéma n'est plus là, mais le bâtiment est toujours un témoin de cette époque.
Le Palladium et le Rio, rue de la République
Il faut ensuite se diriger vers la rue de la République.
Au numéro 55 se trouvait le Palladium, ouvert en 1928. La salle fait partie des grands établissements cinématographiques de l'Avignon de l'entre-deux-guerres.
Le Palladium accompagne notamment l'arrivée du cinéma parlant et les transformations considérables que connaît alors l'industrie du film.
Mais le nom Palladium finit par disparaître. Le cinéma devient le Rio.
Pendant plusieurs décennies, le Rio accueille à son tour les spectateurs avignonnais. Le lieu connaît plusieurs transformations et finit par fonctionner sous la forme d'un complexe de plusieurs salles.
La dernière séance a lieu en 1989.
Trois ans plus tard, en 1992, le bâtiment est démoli.
Aujourd'hui, il ne reste donc plus de façade permettant au passant de deviner qu'un cinéma occupait autrefois le 55 rue de la République.
Pourtant, pendant des décennies, cette adresse a été un lieu de rendez-vous pour les amateurs de cinéma.
Le Capitole, rue Pourquery-de-Boisserin
Un autre nom reste profondément associé à l'histoire du cinéma avignonnais : le Capitole.
Il ouvre en 1932 au 3 rue Pourquery-de-Boisserin, avec une capacité impressionnante d'environ 1 750 places.
À son ouverture, le Capitole est l'un des grands cinémas de la ville. Sa taille témoigne du développement spectaculaire du cinéma populaire durant l'entre-deux-guerres.
Mais son histoire commence par un événement dramatique.
Le 9 septembre 1941, un incendie détruit presque entièrement le bâtiment.
Le cinéma est cependant reconstruit et rouvre en 1943, avec environ 1 500 places.
Après la guerre, le Capitole retrouve une place importante dans la vie culturelle d'Avignon. Les grandes productions françaises et américaines attirent des milliers de spectateurs et certaines projections deviennent de véritables événements.
Avec le temps, la salle évolue elle aussi. Dans les années 1970, elle est transformée en complexe de plusieurs salles.
Mais le cinéma du centre-ville finit par subir la concurrence des nouveaux complexes périphériques.
Le Capitole ferme définitivement comme cinéma en 2013.
Le bâtiment connaît ensuite une nouvelle vie culturelle avant de devenir La Scala Provence.
Ainsi, rue Pourquery-de-Boisserin, un lieu consacré aujourd'hui au spectacle vivant conserve encore la mémoire de l'un des plus grands cinémas qu'Avignon ait connus.
Le Paris, rue Henri-Fabre
Mais il serait impossible de raconter l'histoire des cinémas disparus d'Avignon sans évoquer le Paris, situé au 5 rue Henri-Fabre.
Cette salle appartient à une génération plus récente que les grands palaces de l'entre-deux-guerres.
Pendant des années, les Avignonnais connaissent cette adresse comme celle d'un cinéma. Le Paris fait partie de ces salles qui ont entretenu la vie cinématographique du centre-ville alors que les grands établissements historiques commençaient progressivement à évoluer.
L'histoire du lieu est d'autant plus intéressante que le bâtiment n'a pas disparu.
Le cinéma a simplement changé de vocation.
Le 5 rue Henri-Fabre est aujourd'hui occupé par le Théâtre Le Paris, devenu un lieu important du spectacle vivant et du Festival Off d'Avignon.
Ainsi, comme pour le Palace ou le Capitole, le public continue de franchir les portes d'un lieu qui a connu une première vie consacrée au cinéma.
Pour les anciens Avignonnais, l'adresse évoque cependant toujours une salle obscure, des affiches de films et les soirées passées devant le grand écran.
L'Eldorado devenu le Vox
Et puis il y a celui qui a résisté au temps.
Place de l'Horloge, au numéro 22, le Vox poursuit encore aujourd'hui son activité.
Mais lorsqu'il ouvre ses portes en 1922, il porte le nom d'Eldorado.
Le lieu appartient donc à cette première génération de cinémas qui ont contribué à installer durablement le septième art dans le paysage avignonnais.
Au fil du temps, l'Eldorado devient le Vox.
Sa situation au cœur de la ville lui donne également une relation particulière avec la vie culturelle avignonnaise. Le cinéma et le théâtre s'y côtoient, notamment pendant le Festival d'Avignon.
Des figures importantes du théâtre français, comme Jean Vilar et Gérard Philipe, ont fréquenté le lieu.
Aujourd'hui encore, le Vox accueille des spectateurs.
Il constitue ainsi un lien direct entre l'Avignon cinématographique du début du XXe siècle et celle d'aujourd'hui.
Et les autres salles ?
Derrière ces noms désormais bien identifiés se cache une histoire encore plus vaste.
L'Alhambra, notamment, faisait partie des salles exploitées à Avignon dans l'entre-deux-guerres. Comme le Palace, le Palladium et l'Eldorado, il appartenait alors au réseau de salles développé autour de la famille Pezet.
Mais contrairement au Vox, au Palace ou au Capitole, son souvenir est aujourd'hui beaucoup moins visible dans la ville.
C'est justement ce qui rend l'histoire des anciens cinémas avignonnais particulièrement intéressante.
Certains ont laissé un bâtiment facilement identifiable. D'autres ont été transformés. D'autres encore ont totalement disparu, au point que le passant peut aujourd'hui traverser leur ancien emplacement sans imaginer qu'une salle de plusieurs centaines de places s'y trouvait autrefois.
Quand le cinéma était au cœur de la ville
En réalité, l'histoire des cinémas d'Avignon raconte aussi celle de la transformation de la ville.
Pendant une grande partie du XXe siècle, les salles se trouvent dans les quartiers centraux. Le spectateur vient au cinéma à pied ou en transports en commun. Il se promène dans les rues, fait quelques achats, retrouve des amis et peut prolonger la soirée dans un café ou un restaurant.
Le cinéma fait partie de la vie urbaine.
Puis la voiture change progressivement les habitudes.
Les spectateurs viennent de plus loin. Ils recherchent des parkings, davantage de salles et davantage de séances. Le modèle du multiplexe s'impose progressivement.
L'ouverture du Pathé Cap Sud en 1995 marque une étape importante dans cette évolution.
À partir de cette période, les anciennes salles du centre-ville connaissent de plus en plus de difficultés.
Le Palace finit par fermer.
Le Rio avait déjà disparu.
Le Capitole résiste encore avant de fermer à son tour.
Le Paris abandonne également le cinéma.
Le centre d'Avignon perd ainsi progressivement une partie de ses grandes salles obscures.
Des cinémas qui ont changé de vie
Pourtant, quelque chose de ces lieux demeure.
Le Palace est devenu un espace de spectacles.
Le Capitole a poursuivi sa vocation culturelle avant de devenir La Scala Provence.
Le Paris est devenu un théâtre.
Et le Vox continue, lui, à projeter des films.
Ces transformations racontent finalement une chose assez simple : les bâtiments ont parfois survécu aux modes et aux changements économiques.
Ce qui a véritablement disparu, c'est une certaine manière d'aller au cinéma.
Une époque où l'on se donnait rendez-vous devant une façade illuminée, où l'on faisait la queue sur le trottoir, où l'on connaissait le nom de la salle et où une sortie au cinéma pouvait représenter le grand événement de la semaine.
Aujourd'hui, lorsque vous passez cours Jean-Jaurès, rue de la République, rue Pourquery-de-Boisserin, rue Henri-Fabre ou place de l'Horloge, vous traversez donc une partie de cette histoire.
Il suffit simplement de savoir ce qui se trouvait là.
Pendant plusieurs générations, les Avignonnais sont entrés dans ces bâtiments pour rire, pleurer, trembler, rêver et découvrir le monde sur un écran.
Palace, Palladium, Rio, Capitole, Paris, Eldorado, Vox…
Des noms qui ont changé, des salles qui ont disparu, mais une même histoire : celle d'une ville qui, pendant près d'un siècle, a vécu au rythme de ses cinémas.



