La colline Sainte-Anne : les mystérieux vestiges militaires cachés au-dessus de Vedène

 

On y vient pour marcher, prendre l’air et profiter de la vue. Mais au sommet de la colline Sainte-Anne, derrière les pins et la végétation, se cachent des vestiges militaires qui racontent une histoire beaucoup moins connue de Vedène.

Il existe, à quelques kilomètres d’Avignon, des endroits que l’on croit connaître jusqu’au jour où l’on regarde enfin vraiment autour de soi.

La colline Sainte-Anne, à Vedène, est de ceux-là.

Pour beaucoup d'habitants, elle est avant tout un lieu de promenade. On monte tranquillement jusqu'à la chapelle Sainte-Anne, on profite du panorama sur la plaine, on traverse les espaces boisés et l'on redescend.

Mais pour celui qui prend le temps de s'écarter un peu du chemin, le décor change.

Dans la végétation apparaissent d'abord de grandes structures circulaires en béton. Puis, un peu plus loin, un imposant ouvrage bétonné apparaît derrière un grillage qui en interdit aujourd'hui l'accès.

Et soudain, la balade prend des airs d'enquête historique.

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Quatre cuves de défense antiaérienne

Les premières traces sont assez faciles à identifier.

Au sommet de la colline se trouvent quatre cuves en béton correspondant à une ancienne position de défense antiaérienne. Les recherches consacrées au site indiquent que cette batterie a été aménagée par l'armée française avant la Seconde Guerre mondiale. Les caractéristiques des ouvrages ont notamment été rapprochées de positions destinées à recevoir des pièces de 75 mm.

À l'époque, l'emplacement n'avait évidemment rien d'anodin.

Depuis le sommet de Sainte-Anne, le regard porte largement sur la plaine. Cette hauteur constituait donc un point d'observation intéressant et permettait de surveiller le ciel au-dessus de cette partie du Vaucluse.

Les quatre cuves témoignent ainsi d'une époque où la défense du territoire passait aussi par l'installation de batteries capables de combattre les avions ennemis.

Aujourd'hui, les canons ont disparu.

Le béton, lui, est resté.

Et puis il y a cet étrange bâtiment derrière le grillage…

Mais les cuves ne sont peut-être pas la partie la plus intrigante de la visite.

À proximité se trouve un autre ouvrage, beaucoup plus massif, aujourd'hui protégé par un grillage. Il ressemble immédiatement à ce que l'imaginaire collectif associe à un blockhaus : un bâtiment en béton épais, austère, fermé, presque dissimulé dans la végétation.

Impossible de ne pas se demander ce qu'il faisait là.

Était-il destiné au commandement de la batterie ? Aux transmissions ? Au stockage des munitions ? À la protection des servants ? Était-il lié directement aux positions de DCA ?

Et surtout : qui l'a construit ?

Les spécialistes ayant étudié la position ont pu identifier les cuves de DCA et plusieurs aménagements associés, mais la fonction exacte de certains ouvrages reste beaucoup moins évidente. L'organisation du site ne permet notamment pas d'identifier avec certitude un poste de commandement au milieu des quatre positions de tir.

Il serait donc tentant de baptiser cet ouvrage « le blockhaus allemand de Sainte-Anne ».

Mais l'histoire mérite davantage de prudence.

Français, puis peut-être Allemands ?

Les cuves de la batterie sont considérées comme françaises et antérieures à la Seconde Guerre mondiale.

La région connaît ensuite l'Occupation allemande et le développement de nombreuses installations militaires allemandes dans le sud de la France. À partir de 1942, l'armée allemande renforce considérablement son dispositif défensif méridional, notamment avec le système connu sous le nom de Südwall. Avignon et sa région occupent alors une place importante dans le dispositif militaire allemand.

Cela rend évidemment plausible l'hypothèse d'une utilisation ou d'une adaptation de certains ouvrages existants pendant l'Occupation.

Mais plausible ne veut pas dire prouvé.

C'est précisément pour cette raison que cet étrange bâtiment derrière son grillage mérite notre attention. Son architecture et son implantation racontent quelque chose, mais son histoire exacte semble encore demander à être documentée.

Et c'est peut-être ce qui le rend encore plus fascinant.

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Une histoire militaire cachée sous les pins

Ce qui frappe surtout, lorsqu'on découvre ces vestiges, c'est le contraste avec le paysage actuel.

Aujourd'hui, les enfants jouent, les promeneurs passent, les chiens se baladent et les habitants viennent chercher un peu de fraîcheur ou profiter du panorama.

Il est difficile d'imaginer qu'à cet endroit se trouvaient autrefois des installations militaires destinées à surveiller le ciel.

Les quatre cuves constituaient les positions de tir.

À proximité, des aménagements permettaient probablement d'assurer le fonctionnement de la batterie.

Et derrière le grillage, cet imposant ouvrage bétonné continue de poser des questions.

Le temps a effacé une grande partie des traces, mais pas toutes.

Une chapelle, une vue… et une page oubliée de l'histoire

La colline Sainte-Anne raconte d'ailleurs plusieurs siècles d'histoire en quelques centaines de mètres.

Au sommet se trouve la chapelle Sainte-Anne, dont la construction remonte à la fin du XVIe siècle. Elle aurait été édifiée en 1599 à l'initiative de Balthazar de Galéan, seigneur de Vedène.

Quelques siècles plus tard, la même colline accueillait une installation militaire destinée à la défense aérienne.

C'est cette superposition des époques qui rend la promenade aussi étonnante.

On peut commencer la balade par une chapelle vieille de plus de quatre siècles, admirer la vue sur le Grand Avignon et, quelques minutes plus tard, se retrouver devant des blocs de béton qui semblent tout droit sortis d'un autre monde.

 

La prochaine fois que vous monterez à Sainte-Anne, regardez donc un peu moins la chapelle… et un peu plus les alentours. Vous pourriez découvrir un morceau de la Seconde Guerre mondiale que vous aviez probablement traversé sans même le remarquer.