VOUS SOUVENEZ-VOUS DE L'AGE D'OR DE L’AVIGNON ITALIEN ?

De la place des Carmes au Café Saint-Lazare, promenade dans un quartier qui ne ressemble plus à celui d’autrefois


Paul-Eric Quentin, sept 2026

 

 

 

Il existe à Avignon des rues que l’on traverse aujourd’hui sans imaginer tout ce qu’elles ont pu être. Des rues étroites, des façades modestes, quelques portes, des places et des cafés, derrière lesquels plusieurs générations de familles ont vécu, travaillé et élevé leurs enfants. Entre la place des Carmes et Saint-Lazare, un morceau d’Avignon avait autrefois des airs d’Italie. On y retrouvait des familles venues des Abruzzes, notamment de Castellafiume, des commerces, une école, des cafés et surtout une vie de quartier qui débordait largement des maisons pour investir les rues.

16 08 10 002

Pour retrouver cet Avignon disparu, il faut presque se laisser guider par les noms des rues. Partir de la place des Carmes, emprunter la rue des Infirmières, traverser un morceau de l’Avocaterie, puis poursuivre vers la rue de l'amouyer et celle des infirmieres, avant d’arriver progressivement vers la place Saint-Lazare. Ce territoire n’était pas immense, mais il constituait un véritable univers pour ceux qui y vivaient. Les voisins se connaissaient, les familles se fréquentaient et les enfants grandissaient dans un environnement où chacun connaissait les habitudes, les histoires et parfois même les secrets des autres.

Une petite Italie au cœur d’Avignon

Les familles italiennes installées dans ce secteur avaient apporté avec elles bien davantage que leurs valises. Elles avaient apporté une langue, des traditions, une cuisine, des souvenirs du pays et surtout une manière de vivre ensemble qui allait progressivement s’ancrer dans le paysage avignonnais. Beaucoup étaient originaires des Abruzzes et les liens avec les villages d’origine, notamment Castellafiume, demeurèrent longtemps particulièrement forts. Les nouvelles du pays circulaient entre les familles, les voyages en Italie rythmaient les vacances et les générations nées en France grandissaient avec cette double appartenance, devenant profondément avignonnaises tout en conservant une mémoire très présente de leurs origines.

Cette identité se retrouvait partout, mais peut-être plus encore dans les cafés. À l’époque, le café n’était pas seulement un endroit où l’on venait consommer quelque chose avant de repartir. Il était un véritable lieu de sociabilité, un point de rencontre où l’on pouvait retrouver les voisins, les amis, les cousins ou simplement ceux que l’on connaissait depuis toujours.

Lorsque les beaux jours arrivaient, les tables et les chaises sortaient dans la rue. Les conversations se poursuivaient sur les trottoirs, les enfants circulaient entre les tables et les voisins s’arrêtaient pour discuter. Cette manière d’occuper la rue, de prolonger la vie de la maison à l’extérieur et de faire du café un lieu ouvert à tous donnait au quartier une atmosphère profondément populaire, méditerranéenne et italienne.

Le Café Saint-Lazare, cœur d’une mémoire

Au milieu de cette vie de quartier, le Café Saint-Lazare occupait une place particulière. Pour ceux qui l’ont connu, il ne représentait pas simplement un établissement où l’on venait boire un verre : il était un lieu de rendez-vous, de discussions et de retrouvailles, où les générations se croisaient et où les familles pouvaient maintenir leurs liens.

On y parlait de la vie quotidienne, du travail, des enfants, des mariages et des nouvelles de la famille, mais aussi de l’Italie et des villages que certains avaient quittés des décennies auparavant. Castellafiume continuait d’exister à travers ces conversations, les souvenirs que l’on partageait et les liens que l’on entretenait avec ceux qui étaient restés là-bas.

Le Café Saint-Lazare a aujourd’hui disparu, comme une grande partie de ce décor qui entourait autrefois le quartier. Pourtant, son nom demeure profondément associé à cette période de l’histoire avignonnaise et à la mémoire de ces familles italiennes qui avaient fait de Saint-Lazare l’un de leurs lieux de vie.

72ddc9 7c4f5b3133e143338d2491d49b8a9a5a mv2 jpg

Les rues de l’enfance

Il y avait aussi l’école Pouzaraque, autre repère essentiel de cette géographie intime. Pour beaucoup de familles du quartier, c’est là que les enfants ont commencé leur parcours scolaire, avant de retrouver, à la sortie des classes, les rues dans lesquelles ils avaient grandi. les petites rues environnantes constituaient alors une sorte de territoire familier dans lequel les enfants pouvaient circuler librement, retrouver leurs camarades et être connus de tous.

Aujourd’hui, ces noms existent toujours pour certains, mais ils ne racontent plus forcément la même histoire. Pour ceux qui ont connu cet Avignon-là, ils constituent pourtant une véritable carte de souvenirs, avec ses trajets quotidiens, ses maisons, ses commerces, ses voisins et tous ces petits détails que seule la mémoire permet encore de retrouver.

Les autres cafés du quartier

Le Café Saint-Lazare n’était d’ailleurs pas isolé, en descendant vers les remparts, d’autres établissements participaient à cette vie populaire qui animait autrefois le secteur. Il y avait notamment le petit café situé près de la porte de la Ligne, mais aussi le Bar de la Navigation, qui appartient lui aussi à la mémoire des anciens cafés avignonnais.

Ces établissements formaient une sorte de réseau de sociabilité dans lequel chacun pouvait avoir ses habitudes, ses rencontres et son comptoir préféré. On pouvait passer d’un café à l’autre, croiser une connaissance, s’arrêter quelques minutes et repartir, avec cette impression que la rue elle-même constituait un prolongement naturel de la vie sociale du quartier.

C’est cette atmosphère que l’on a aujourd’hui le plus de mal à imaginer. Il ne s’agissait pas seulement de bâtiments ou de commerces, mais d’une façon de vivre ensemble qui s’est progressivement effacée.

Un quartier qui a changé, une mémoire qui demeure

Les années ont passé et le quartier s’est transformé. Les familles ont déménagé, les enfants ont grandi, certains sont partis ailleurs tandis que d’autres sont restés à Avignon. Les commerces ont changé de propriétaires, les cafés ont fermé, certains bâtiments ont été transformés ou démolis et les habitudes qui faisaient autrefois la vie du quartier ont progressivement disparu.

Quelques familles sont toutefois encore présentes aujourd’hui et demeurent les dépositaires d’une histoire qui appartient désormais à la mémoire collective de la ville. Leurs souvenirs permettent encore de comprendre ce que fut cette petite Italie avignonnaise, bien au-delà des quelques traces visibles dans le paysage actuel.

Et puis il reste un symbole qui ne trompe pas la Ville d'Avignon reconnaît aujourd'hui encore cette empreinte italienneet le jardin des Carmes accueille notamment la statue d'Andrea Di Cintio et le parking des Italiens porte désormais un nom qui rappelle directement cette histoire.

Pour celui qui découvre Avignon, ce nom peut sembler n’être qu’un simple repère géographique. Pour beaucoup de vrais Avignonnais, il évoque pourtant une histoire bien plus profonde, celle de ces familles venues d’Italie qui ont vécu dans ce secteur pendant plusieurs générations et qui ont contribué à façonner une partie de l’identité populaire de la ville.

Le nom est resté, comme une empreinte indélébile.

Imagesi

Vous souvenez-vous de cet Avignon-là ?

La Gazette d’Avignon aimerait aujourd’hui retrouver cette mémoire et faire appel à celles et ceux qui ont connu ce quartier avant ses transformations. Avez-vous fréquenté le Café Saint-Lazare ? Vous souvenez-vous de la rue Persil ou de la rue de la Tour ? Avez-vous fréquenté l’école Pouzaraque ou le Bar de la Navigation ?

Vos parents ou vos grands-parents étaient-ils originaires d’Italie, des Abruzzes ou de Castellafiume ? Possédez-vous encore une photographie de ces rues, d’une famille, d’une fête, d’un café ou simplement de ces tables et de ces chaises installées devant les établissements lorsque les beaux jours arrivaient ?

La Gazette d’Avignon recherche vos souvenirs et vos photographies pour faire revivre cette histoire.

Car un quartier peut changer de visage, un café peut disparaître et une époque peut s’éloigner, mais la mémoire d’une ville ne disparaît jamais complètement, elle demeure dans les noms de rues, dans les photographies conservées au fond des tiroirs, dans les histoires racontées en famille et parfois dans un simple nom inscrit sur un panneau.

Le parking des Italiens en est aujourd’hui l’un des derniers témoignages.

Et pour ceux qui ont connu cet Avignon-là, il suffit souvent de prononcer quelques noms pour que tout un quartier réapparaisse, La rue de l'amouyer, du Petit Amouyer, La rue Persil, La rue de la Tour, Saint-Lazare...il en faut peut pour se souvenir du nom du vendeur de Vespa de la rue carreterie ou le jeu de mot a propos de l'école pouzaraque..

Et cette sensation d’un Avignon où, aux beaux jours, les tables sortaient dans la rue et où la vie semblait appartenir à tout le monde.